DE LA CULTURE POUR LES PAUVRES ? CA VA PAS ?

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L’Orchestre National de Lille, dirigé par Jean Claude CASADESUS a donné deux magnifiques concerts au Hong Kong Cultural Centre. Le chef d’orchestre avait invité aux répétitions 500 élèves du Lycée français, issus de quartiers dits « difficiles » … (interview donné à « aujourd’hui la Chine »)

Les Casadesus sont une grande famille artistique : Jean-Claude est le fils de la comédienne Gisèle Casadesus, et le père de la chanteuse Caroline Casadesus (mariée à Didier Lockwood) et d’Olivier Casadesus. Il est actuellement Chef du Philharmonique de Lille.

Chef d’orchestre prestigieux et personnalité d’exception, Jean-Claude Casadesus est aussi connu pour sa passion à transmettre la musique partout là où elle ne va que rarement : en prison, à l’hôpital, auprès des enfants.

il partage sa passion avec les étudiants de l’Orchestre français des Jeunes, près des musiciens de l’Orchestre national de Lille, et même devant des cadres de la grande distribution …

Bravo Monsieur Casadesus. Vous êtes dans le vrai. Proposer l’excellence aux enfants nés dans les quartiers difficiles, comme vous l’aviez déjà fait à Douais, c’est leur permettre de s’élever. L’excellence ne se situe pas dans le nivellement par le bas, mais dans les propositions ambitieuses. Il suffit de s’en donner les moyens …

la culture doit être sociale, non pas en la nivelant vers le bas, mais en l’attirant vers le haut, vers l’excellence.

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C’est assez exceptionnel qu’un orchestre symphonique ouvre les portes des répétitions à des enfants. Est-ce une volonté de votre part, une action pédagogique ?

Je crois que c’est très important de contribuer à créer un désir, notre mission d’artistes implique de transmettre. Lorsque que j’ai commencé avec mon orchestre dans le Nord, un de mes premiers objectifs a été de réunir des enfants qui n’avaient aucune raison de rencontrer un orchestre symphonique et je crois qu’ils ont ressenti çà – surtout qu’il s’agissait d’enfants de quartiers souvent difficiles – comme un hommage rendu à leur jeune dignité de pouvoir assister à ces répétitions où des adultes se mettent en question. De temps en temps, je les plaçais à côté des musiciens pour qu’ils voient comment se construit une symphonie ou un concerto. Ils ont pris conscience que la pédagogie de l’erreur qu’on leur enseigne en classe « tu recommenceras jusqu’à ce que ce soit bien, que ce soit mieux ». Dans le fond, c’est une valeur que nous nous appliquons tous les jours en essayant d’être meilleurs le lendemain que la veille, çà donne du sens ! En plus, ils découvrent le plaisir du son, de la musique, de l’harmonie à laquelle ils assistent, et le but, c’est d’essayer de former, pas forcément des musiciens professionnels mais des mélomanes, d’essayer de transmettre ce qui est notre humus, c’est-à-dire l’émotion indicible qui est contenue dans la musique. Il faut donc avoir une orchestre de qualité, montrer aux gens auxquels on essaye de transmettre notre émotion que l’exigence est d’abord la première des valeurs auxquelles nous nous consacrons et puis ensuite, on voyage dans un pays magique ! C’est un pays magique la musique, un pays où le rêve est permis, où c’est la traduction la plus poétique de la vie et je crois que les enfants qui sont des « éponges » sont très sensibles à ce qu’on leur transmet. Et si on leur explique, si leurs professeurs suivent évidemment en amont puis ensuite en aval ce à quoi ils ont assisté et bien, on dit que la musique adoucit les mœurs mais je crois qu’elle contribue à rester à dimension humaine et à réduire les distances qui existent parfois entre les individus qui n’ont jamais rencontré cette forme artistique.

Un retour aux sources en quelque sorte pour cette génération qui à tendance à ne connaître que la musique électronique, cette rencontre leur a permis de découvrir que la musique se faisait avec des instruments acoustiques, les enfants ne l’imaginaient pas et étaient comme dans un rêve en sortant !

Cà c’est la récompense ce que vous dites, c’est un grand bonheur ! Les instruments acoustiques, c’est la vie même. Le musicien fabrique sa propre sonorité, son propre son, c’est une éphéméride permanente. Nous sommes dans un état de tension, d’urgence, de fragilité sur un plateau et, par opposition donc à la musique électronique qui est enregistrée, « préfabriquée », çà a quelque chose de très humain, c’est-à-dire que c’est un artisanat qui est, Dieu merci, quelquefois transcendé en art, mais c’est d’abord le savoir faire, le coup de crayon, le tour de main du bon artisan qui ensuite va pouvoir transmettre au fond son émotion. Et les enfants sont sensibles à cela et à Lille, dans mes abonnements aujourd’hui, j’ai un grand pourcentage de parents qui ont connus l’Orchestre lorsqu’ils avaient 8 ans qui viennent avec leurs enfants de 8 ans !

Cela a-t-il suscité des vocations ?

Oui, il y en a qui sont inscrits dans des écoles de musique, il y en a qui ont voulu jouer d’un instrument et puis surtout, il y a aussi de bons mélomanes et on a besoin de bons mélomanes !

Un bilan de ce passage à Hong Kong ?

Ce voyage à Hong Kong est formidable, parce que c’est la troisième fois que nous venons dans cette ville et c’est une grande joie de pouvoir être ambassadeurs de notre région, de notre pays et de pouvoir transmettre au fond ce langage qui est le langage du cœur.

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Suivre Frédéric Poitou:

Frédéric Poitou est né à Rouen, et y a fait des études au Conservatoire en musique-études en section piano. Il s'est ensuite orienté vers des études scientifiques où il a obtenu un diplôme d'ingénieur, puis un doctorat en Chimie. Il est Expert Judiciaire en France, en Belgique et à Luxembourg, et agrée par les Institutions Européennes.

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