LE CELIBAT DES PRÊTRES

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Les affaires de pédophilie pour lesquelles le Pape a récemment demandé pardon (sans toutefois condamner les coupables …) relancent la question du célibat des prêtres.

Il y avait à ce sujet dimanche dernier, un excellent article dans la Provence. Six questions simples posées à Nicolas de Brémond d’Ars, prêtre et sociologue à EHESS donne quelques réponses simples, mais particulièrement concises et pertinentes sur le sujet : Pour Nicolas de Bremond d’Ars, le célibat iI n’est qu’une tradition apparue pour la première fois au IV* siècle.

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Le célibat des prêtres est-il prévu dans la Bible?

Absolument pas. D’ailleurs, dans les églises d’Orient, qui dépendent de Rome, le manage des prêtres est autorisé. En Occident, un prêtre qui se marierait conserverait le droit de dire la messe et de donner les sacrements. En fait, quand un prêtre se marie, c’est son évêque qui lui interdit de donner les sacrements, en se fondant sur la « discipline ».

Aucune bulle papale, aucune encyclique n’oblige au célibat des prêtres ?

Non. C’est une tradition apparue au IV siècle. Auparavant, les prêtres, et même les évêques, comme Saint-Hilaire fondateur du diocèse de Poitiers, étaient mariés. Mais ce siècle a vu le développement des monastères. Or les moines, eux, doivent être célibataires. Et comme les moines élisaient les évêques parmi eux, les évêques se sont petit a petit retrouves célibataires. Ensuite, au XIIeme siècle, dans une Europe uniquement chrétienne, il y a eu des rapports de forces très durs entre I’Eglise de Rome d’une part, et les différents rois de I’autre. II en a résulté une séparation des pouvoirs : Le temporel pour les souverains, le spirituel pour I’Eglise, dont les membres ont obtenu des avantages en matière d’exemption d’impôts notamment. En contrepartie, pour se différencier du peuple, ils devaient se montrer irréprochables, donc renoncer a la sexualité. donc au manage…

Les chrétiens de France seraient-ils favorables a cette révolution ?

Le peuple, oui. Dans tous les synodes de diocèse ou d’évêché, cette question est toujours posée. Je pense que majoritairement les fidèles en Occident y sont favorables.

Puisque ce n’est pas un problème théologique mais une question de discipline qui relève des évêques, pourquoi la conférence épiscopale ne réalise pas ce que demandent les fidèles ?

La conférence des évêques prend des positions collégiales, or tous ne partagent pas le même avis. De plus, le carriérisme existe aussi ici, et des évêques qui veulent, par exemple, devenir cardinaux, ne veulent pas être mal vus de Rome…

Car le pape, lui, y est selon vous oppose pour des raisons dogmatiques?

Peut-être mais pas uniquement. Nous voyons cette question depuis notre point de vue d’occidentaux, mais Rome doit aussi gérer les églises d’Asie et d’Afrique. Une telle évolution pourrait bouleverser les équilibres sur ces continents. Je ne suis pas sur qu’il y ait a Rome une seule personne qui ait les moyens intellectuels de penser la globalisation des conséquences du mariage des prêtres dans I’ensemble de la chrétienté.

Quelles seraient les autres raisons de cette opposition ?

Rome vit toujours comme quand la chrétienté était la seule religion d’Europe et qu’elle détenait le pouvoir spirituel face au pouvoir temporel des États. Mais depuis, d’autres religions se sont implantées.

Bien sur, I’Eglise catholique s’est engagée dans un dialogue interreligieux. Mais en considérant pour soi-même une place prééminente. Or, dans sa tour d’ivoire, car les fidèles ne le vivent pas ainsi, renoncer au célibat des prêtres serait pour le Vatican renoncer a sa prééminence dans I’exercice du pouvoir spirituel en Europe.

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Propos recueillis par Thierry NOIR

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* Nicolas de Bremond d’Ars, 54 ans, ordonne prêtre en 1986, est sociologue a I’Observatoire interdisciplinaire du fait religieux de I’lnstitut des hautes études en sciences sociales. Dernier ouvrage de sociologie paru: « Dieu aime-t-il I’argent? », Éditions I’Harma

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Frédéric Poitou est né à Rouen, et y a fait des études au Conservatoire en musique-études en section piano. Il s'est ensuite orienté vers des études scientifiques où il a obtenu un diplôme d'ingénieur, puis un doctorat en Chimie. Il est Expert Judiciaire en France, en Belgique et à Luxembourg, et agrée par les Institutions Européennes.

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