APRÈS TRUMP 2020 : FRANCE 2022, LE RISQUE POPULISTE ?

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On peut toujours lire les chiffres dans le sens qui arrangent la logique qu’on veut leur faire exprimer, toutefois ce qu’on peut lire ça et là sur les réseaux sociaux concernant le bilan de Trump, et la litanie des arguments peaufinés par ses équipes, tweetées, retweetées à satiété qui vantent ses résultats économiques, la croissance de l’économie américaine, et le rayonnement de la politique internationale due aux « succès » en Corée du Nord et en Israel en particulier, laissent rêveur.
En premier lieu, le bilan social est très mauvais, et c’est probablement ce point augmenté de la catastrophique gestion du Covid-19 qui est à l’origine de sa défaite. A quoi on ajoutera pourquoi pas, ses mensonges à répétition, ses comportements d’histrion psychotique.
Les résultats économiques des Etats Unis semblent en effet positifs, mais à bien y regarder ils ne sont pas de la responsabilité seule de Donald Trump, mais en grande partie celle des mesures prises par son prédécesseur, assortis de l’inertie nécessaire à l’apparition des effets. Or la partie imputable à Trump (une certaine augmentation des revenus, et une très relative diminution du taux de chômage, ou plutôt pour être juste du taux d’activité) et qui trouve son origine dans la politique autocentrée et nationaliste de son administration est un effet à court terme, qui risque bien de s’écrouler dès lors que l’effet de la diminution des échanges multilatéraux vont se faire sentir. Et là, Jo Biden a du pain sur la planche, car les résultats apparents, dopés un temps par une politique budgétaire de déficits publics considérables ne peut que s’inverser.
Car en plus la plongée abyssale des déficits publics – antérieurs à la crise du Covid – aura d’ici peu de temps les effets boomerang habituels, que seuls une ré-ouverture des échanges pourra relancer.
la dette publique a explosé, mais cette progression spectaculaire n’est pas comme en France liée à la crise du Covid, mais elle est bien antérieure. Et là encore, il faudra bien la financer.
le PIB n’a cessé de baisser, hors crise du Covid évidemment, depuis 2018, en dépit des promesses de croissances annoncées pour sa campagne qui était de 6% ! 😉
Les inégalités sont toujours plus importantes n’en déplaisent aux affirmations de son administration, et les guerres commerciales n’ont pas eu les effets escomptés par Trump.
Enfin, et c’est peut être le plus important à mes yeux, la politique de santé menée par Trump qui a méthodiquement détricoté tous les acquis des années Obama, la remise en question de l’avortement, et la sortie des Etats Unis des accords de Paris sont tout aussi catastrophiques que l’image internationale largement dégradée.
Enfin, parmi les commentaires les plus avisés entendus depuis deux jours, il y en a un qui laisse rêveur, tout autant qu’il est parfaitement crédible :
Donald Trump ne peut pas se signer lui-même de grâce présidentielle – ce que font traditionnellement tous les présidents américains avant de quitter le bureau ovale – qui lui éviteraient de se retrouver devant ses juges pour répondre des multiples dossiers actuellement à l’instruction mais stoppés pour raison d’immunité présidentielle :
– corruption
– fraudes fiscales à titre personnel et professionnel
– abus ou atteintes sexuelles
Et le fait qu’il ne soit plus protégé par son immunité pourrait donner des idées à ses créanciers.
Alors, il existe une solution simple : Démission avant le terme de son mandat, à la condition que Mike Pence accepte de lui signer ses grâces. Ce qui aurait deux conséquences amusantes :
– Trump ne pourrait plus être poursuivi
– Biden ne serait plus le 46e président des Etats Unis annoncés par tous les médiats, mais le 47e, ce qui symboliquement pour Donald Trump lui permettrait de revendiquer d’être le « vrai légitime » n°46. Un argument auquel un homme dont l’égo est démesuré pourrait être sensible.

 


Les élections américaines nous invitent à réfléchir à un certain nombre de points auxquels nous, français, allons être confrontés pour les échéances prochaines.
On ne combat pas l’incompétence des discours populistes, identitaires, régressifs et réactionnaires en moquant la surréaliste image qu’offrent certains candidats.
On doit démontrer ad libitum que ces discours qui créent la peur en utilisant toujours les mêmes ressorts auxquels ils opposent toujours les mêmes solutions dans le thème « moi je vous défendrai, haro sur cette classe dirigeante qui vous méprise, notre pays d’abord … », n’ont juste aucun sens.
Que ce soit dans le cours de l’histoire d’un pays ou de la planète dans son intégralité, le populisme est juste totalement dépassé depuis l’inéluctable évolution multilatérale née du développement des outils de communication dont la conséquence est que les flux d’argent, d’idée ou de personnes sont désormais irréversiblement mondiaux.
C’est un fait, on ne reviendra pas sur une évolution très lente depuis le début de l’humanité qui s’est accélérée exponentiellement du simple fait de la technologie. Les frontières n’étaient que des limites géographiques, elles ne sont pas des barrières à l’émancipation.
Ouvrez, ouvrez, et vous ne fermerez plus. On ne contraint que ceux que l’on a privé de leur liberté de penser par eux-mêmes. Les autres sont libres, inéluctablement, comme sont libres les flux d’idée et d’informations.
Mais il ne suffit manifestement pas de le dire pour en convaincre les citoyens, qui ont malgré tout voté massivement pour le plus grand escroc que ce jeune siècle ait porté au pouvoir dans un grand pays démocratique, au point qu’il aurait presque pu être ré-élu.
Le trumpisme qui est plus une attitude qu’une vraie vision, ne disparaitra pas avec Trump.
Les classes populaires défavorisées qui croient encore que Trump les a défendus contre le système, le grand complot, la finance, et pourquoi pas les illuminatis, les franc-maçons et les extra-terrestres, continueront de plébisciter ce genre de bateleur.
Nous le savons, nous avons les mêmes en France, avec Marine Le Pen qui se plait à un mensonge de plus en déclarant concernant les Etats-Unis sous Trump « Le chômage a baissé comme il n’a pas baissé depuis cinquante ans [jusqu’à février dernier et l’épidémie de Covid-19]. La pauvreté a baissé comme jamais depuis soixante ans. »
C’est faux, n’importe quel observateur sait que c’est faux, mais il l’a dit, et elle le reprend.
C’est une indication sur ce qui nous attend.
Plus c’est gros, plus ça passe. Trump est pathologiquement menteur, tout individu sensé le sait au point que les TV américaines en arrivent à couper ses propos, que ses plus proches sénateurs le lâchent, mais ses supporters le croient, comme hypnotisés par ce qu’il dit qui répond à ce qu’ils attendent.
Il ne suffira pas de répéter à satiété que Marine le Pen est ridicule et non crédible dans ses propos délirants, qu’elle ment sans cesse comme son père mentait, que son parti est proche de la faillite, que nombre de ses élus sont mis en examen.
Celle qui aime à se déclarer proche de Steve Bannon, ancien maitre à penser de Donald Trump nous prépare une campagne du type de celle des Républicains américains avec leurs milices d’extrême droite. Cette nébuleuse exprime quelque chose qu’on ne peut pas négliger, à la différence que les nazillons américains sont gros, barbus, ostentatoirement armés, pleins de bière et de bannières étoilées, alors que les nôtres ont les cheveux aussi courts que leurs idées.
Faire de la politique n’est pas dire aux électeurs ce qu’ils ont envie d’entendre, mais dire la vérité de ce dont ils ont besoin.
Etre élu quant on est populiste c’est souvent le juste inverse !
Nous serions bien avisés de nous y préparer, car si l’on en croit l’excellente étude publiée par fondapol, même si @MarinelePen n’est intellectuellement pas crédible, pour diverses raisons (déception, défiance, ras le bol …), les électeurs pourraient bien lui accorder leurs votes. Et une fois installée, on aurait autant de mal à s’en débarrasser qu’en a eu Jo Biden pour évacuer Donald Trump.
Il n’y a qu’à lire les incessantes logorrhées de populismes primaires dont inondent les réseaux sociaux Christian Estrosi et Julien Aubert pour s’en convaincre.

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Frédéric Poitou est né à Rouen, et y a fait des études au Conservatoire en musique-études en section piano. Il s'est ensuite orienté vers des études scientifiques où il a obtenu un diplôme d'ingénieur, puis un doctorat en Chimie. Il est Expert Judiciaire en France, en Belgique et à Luxembourg, et agrée par les Institutions Européennes.