PAS WESH-WESH LES YEUVES …

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Pas wesh-wesh les yeuves qu’ont le seum de ne rien entrave, mais ieum, j’m’en balec !

Ayant eu le plaisir de partager mes vacances avec une tribu d’ado, j’ai découvert le bonheur de ne pas tout comprendre, ni au vocabulaire, ni au comportement. L’équipe m’a répondu que j’leur taperai la gêne en disco moi qui proposais juste d’accompagner les filles ! Je rêve …

Moi qui porte des Dockside, des 501, et des polos bleus sur des bermudas blancs, je leur taperais la gêne, à eux, avec leurs boutons, leurs jeans troués, leur démarche sans direction ?

Tous les psychologues ont travaillé sur le sujet – faut bien qu’ils bossent sur quelque chose pour justifier leur propre fonction – je ne me prononcerai pas sur la théorie socio-psychanalytico-comportementaliste de l’âge ado. Je me suis en revanche intéressé « zoum-zoum » à cette prose, que Jack Lang qualifiait de Beaudelairienne, juste histoire de pas être trop largué, pour être calé et avoir le bon ice … Même si, comme toutes les modes, il est voué à l’obsolescence, il vaut mieux en connaitre les ficelles de ce « parler jeun’s » !

Tant qu’il y aura des ados, l’argot ne disparaîtra pas, c’est évident. Le Français continuera d’évoluer, ce qui est – paraît-il – bon signe.

L’évolution technologique y est pour beaucoup, notamment avec l’invention du vocabulaire « texto », mais d’autres facteurs interviennent aussi à mon avis, dans la lente érosion de la langue vers le moins, plutôt que vers le plus.

  • la mode « banlieue », un peu rebelle, un peu provoc’, un peu anar. Normal, c’est l’âge !
  • le besoin de s’identifier comme dans une famille, un groupe dont les adultes – parents en particulier – sont volontairement exclus,
  • l’influence non négligeable de la tendance « arabo-musulmane », avec l’introduction dans le jargon ado de très nombreux mots issus de l’arabe françisé
  • la nécessité de raccourcir la sémantique pour la rendre « twittable », c’est à dire formaté pour être écrite rapidement, avec d’innombrables raccourcis.

Assez curieusement, des mots issus du verlan des années 1980, ou d’un argot beaucoup ancien (principalement années 50 à Paris), sont toujours utilisés, mais de nombreux nouveaux termes sont apparus ces dernières années.

Les SMS mériteraient un article à eux seuls tant ils entraînent une recomposition de la grammaire et, surtout, de l’orthographe, au point d’avoir fait l’objet d’un dictionnaire en ligne !

Tout a commencé avec le : ), signifiant le sourire, puis lol signifiant littéralement « laughing out loud », « riant à voix forte« . Certains linguistes distingués semblent partagés sur le sujet, lui préférant l’origine ‘Lot Of Laughing », littéralement « pleins de sourires« . Bref, c’était déjà très Beaudelaire.

Arrive la mathématique supérieure, avec l’apparition de certains chiffres, en particulier 2 et 4 qui jouent en anglais un rôle vedette et remplacent les prépositions to (à ou vers) et for (pour).

Ca se complique un peu, lorsqu’on mélange les langues pour en faire des acronymes ! Les exemples suivants, je me souviens les avoir déjà lus dans un train de banlieue entre Sidcup et Londres, en … 1976  !

Si certains de ces nouveaux acronymes peuvent se comprendre facilement (u pour you et ur pour your), être assez logiques (b4 pour before), indiquer les sons que les lettres font (qt pour cutie et cu pour see you), servir d’abréviations (cuz pourbecause), être de simples initiales (bff pour best friends forever), quelques-uns d’entre eux sont quelque peu étranges (peeps for people). Ce qui donne cette délicieuse déclaration d’amour ….

In the peeps wld,U R mi bff and I luv U 4 ever

Et, dans certains cas, l’expression argotique est plus longue que celle qu’elle a remplacée (i luv u est maintenant i heart u) !

« Capiche, yo ? » (tu piges, quoi ?)

Bref, c’est pas facile. Et moi qui croyais que mes ados, neveux, leurs cousins et fils, me considéraient presque comme l’un des leurs, je me suis rendu compte que ca n’était probablement plus le cas !

En même temps, on ne peut pas trop leur en vouloir si leur vocabulaire s’appauvrit de « fonds » pour s’enrichir de « formes ». Quand on lit les quelques perles suivantes issue des séries de télé-réalité dont C8, Baba alias Cyril Hanouna et TF1 les abreuvent.

Je leur aurais « tapé la gêne« , en leur mettant « trop mis la honte » à la gamine … Bah merde alors !

Alors, bien aidé par le Curionaute, le dictionnaire urbain et dico 2 rue, je m’étais amusé à tenter d’en faire une petite liste, non exhaustive, mais la demande du même Curionaute, je l’ai retirée.

Suivre Frédéric Poitou:

Frédéric Poitou est né à Rouen, et y a fait des études au Conservatoire en musique-études en section piano. Il s'est ensuite orienté vers des études scientifiques où il a obtenu un diplôme d'ingénieur, puis un doctorat en Chimie. Il est Expert Judiciaire en France, en Belgique et à Luxembourg, et agrée par les Institutions Européennes.

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