3 questions au Préfet de Seine-Maritime

Classé dans : Accueil, Ecologie, Politique, Société | 0

vendredi 27 septembre 2019 

`

COMMUNIQUÉ – MISE AU POINT

 

Le Maire de Rouen et le préfet de Seine-maritime déclarent, pour le premier « On est dans une dimension de précaution. Il n’y a pas de danger détecté à l’heure présente. » et pour le second « Il n’y a pas de toxicité aiguë sur les principales molécules » dans la fumée qui se dégage suite à l’explosion de l’usine Lubrizol de Rouen.

Ceux qui comme moi ont participé à la définition de l’instrumentation portative dont on équipe les camions NRBC des pompiers (GC FID, GC/MS, GC/MS/MS, IRTF et UV/vis) savent pour quelles détections on calibre ces appareils.

La combustion, surtout incomplète, de dérivés pétroliers est particulièrement toxique lorsqu’elle est cantonnée, en particulier parce qu’elle disperse dans un espace limité des composés chimiques toxiques. Loin de se limiter aux COV (composés organiques volatiles) on y trouve aussi des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) avec une proportion non négligeable (autour de 10%) de benzo-a-pyrène, un cancérigène avéré et des composés à « toxicité spécifique » (cancérigène, mutagène, allergisant) qui présentent des effets toxiques à long terme : benzène, dioxines (dont le « TCDD » dit « Sevéso ») et furanes.

Mais on y trouve aussi :

  • des polluants asphyxiants : ils représentent les gaz les plus dangereux : NO, H2S, SO2, HCN, CO.
  • Des polluants irritants : il s’agit des suies (composés microparticulaires polycycliques azotés et carbonés) sue lesquelles sont adsorbés des acides minéraux et des produits organiques irritants. Les gaz acides inorganiques les plus fréquents dans les fumées d’incendie pétroliers sont HCl, HBr, HF, NOx, SOx, P2O5. Les produits organiques irritants sont les composés carbonés (formaldéhyde, acroléine, butyraldéhyde…), et des dérivés de l’azote (NO, NH3, isocyanate, amine).
  • Des polluants ETM (métalliques) : de par l’activité spécifique de Lubrizol, on retrouvera de très nombreuses traces de métaux lourds, dans le meilleur des cas clusterisés après avoir été exposés à de hautes températures, dans le pire des cas à l’état libre : Mercure (très volatil), Plomb et Cadmium, les trois métaux lourds visés par le protocole d’Aarhus.

D’où découlent trois simples questions au Préfet de Seine-Maritime :

  • Pouvez vous communiquer la liste exaustive des COV qui sont recherchés selon les méthodes utilisés par les organismes de contrôle sous votre autorité ?
  • Les dioxines (en particulier la Sévéso), furanes et HAP font-ils partie des constituants dont vous avez ordonné la recherche les traces dans le cadre de l’explosion de l’usine Lubrizol ?
  • Les métaux lourds sont ils tracés, et font ils partie de ce vous indiquez comme « non visibles » ?

De la même manière doit on obtenir les résultats des analyses réalisées par les unités NRBC des pompiers et peut-être aussi de la Gendarmerie, en particulier  les dosages :

  • de tous les HAP (avec mise en évidence des dioxines)
  • des trois métaux lourds principaux (mercure, Plomb et cadmium) concernés par la convention d’Aarhus.
  • des COV en particulier selon la règlementation QAI dans les écoles et ERP (Benzène, toluène, formaldéhyde, acétaldéhyde), obligatoire depuis 2018.

 

Frédéric Poitou
Expert Judiciaire
Chimie, pollution
www.expertises-judiciaires.eu

 

 

 

#lubrizol, #Rouen, #HAP, #COV, #dioxines

Suivre Frédéric Poitou:

Frédéric Poitou est né à Rouen, et y a fait des études au Conservatoire en musique-études en section piano. Il s'est ensuite orienté vers des études scientifiques où il a obtenu un diplôme d'ingénieur, puis un doctorat en Chimie. Il est Expert Judiciaire en France, en Belgique et à Luxembourg, et agrée par les Institutions Européennes.